Narcissisme, un concept pour la lecture de notre temps?

Samedi 11 Mars 2017

Journées d’étude, samedi 11 et dimanche 12 mars 2017

de 9H30 à 17H30

-> Espace Reuilly, 21 rue Henard, 75012 - Paris

Le narcissisme, concept très largement importé de la psychanalyse, est maintenant entré dans la culture. L’individu des masses contemporaines semble se laisser de plus en plus fasciner par sa propre image, c’est le règne de l’individu triomphant. Christopher Lasch écrivait, il y a trente ans déjà, La culture du narcissisme, dénonçant une société si largement dirigée par l’illusion et les apparences. Mis au devant de la scène par la psychologie managériale de la performance et de l’efficacité, il est le fruit de l’exacerbation des rivalités et de la compétition. Pris dans ce seul sens le narcissisme est cependant bien éloigné de celui que Freud tentait de construire et en cache l’enjeu véritable : canaliser la haine nécessaire et la pulsion de destruction afin que le sujet se constitue dans un rapport viable à l’Autre. Le narcissisme postule l’existence d’une pulsion de destruction et de mort qui serait indépendante des pulsions sexuelles, il est au cœur de ce que les postfreudiens n’ont pas voulu entendre.

Lorsque Freud emprunte à Ovide le mythe de Narcisse ce n’est pas pour donner un verni scientifique à une errance de l’ego connue de longue date, mais pour cerner le réel d’un point d’origine que la psychose met à ciel ouvert. Il signe l’impasse du parlêtre pris dans l’automatisme de l’écho et dans le piège d’une image mise en abyme, l’échec d’une désintrication de l’amour et de la haine lorsque le refoulement et sa prise en compte, qui est aussi kulturarbeit, n’opèrent pas. Jeu de réflexion d’une dialectique identificatoire entre le Moi et ses objets selon Freud, le narcissisme primaire indique un lieu « X » qu’on ne peut qu’entrevoir indirectement, qui n’équivaut pas au Moi ni à l’ego et qui désigne, faute de mieux, un « réservoir de libido ». Le concept de narcissisme est-il la dénégation d’une inadéquation fondamentale : celle du rapport de l’Un à l’Autre ? Désigne-t-il « ce qui dans le langage se dérobe le plus » (Lacan, séminaire Encore) à savoir le point d’où s’origine l’amour, et tout aussi bien son contraire, la haine, puisqu’il est question de ces passions quand il s’agit de « prendre son propre corps comme objet d’amour » (Freud) comme le démontre la clinique quotidienne ?

Au-delà de l’image figée que le mythe fixe trop bien dans notre imaginaire, que faisons-nous du narcissisme dans notre technique analytique alors que les pathologies dites narcissiques envahissent la clinique ? Après le retour à Freud de Lacan, si « le noyau de notre être » ne coïncide pas avec le Moi, à quel « un » le narcissisme, celui dit du narcissisme primaire, nous convoque-t-il encore ? Comment se dégager des répétitions en écho, indéfiniment démultipliées dans le discours contemporain, et ne pas en faire le seul avatar d’une problématique identitaire mais une véritable question que le réel de notre rapport à l’Autre nous adresse ? Autant de lignes d’arêtes que nous soumettons au débat pour mieux border ce trou noir que notre actualité rend urgent de penser.

Responsables

Anne Calberg, Didier De Brouwer,  Christian Fierens, Anne Joos, Pierre Marchal, Jean-Jacques Tyszler

Intervenants

Jean-Luc Cacciali, Didier De Brouwer, Christian Dubois, Christian Fierens, Luis Izcovich, Marie Jejcic, Marie-christine Laznik, Charles Melman, Patrick Merot, Étienne Oldenhove, Marie-Jeanne Segers, Stéphane Thibierge, Jean-Jacques Tyzler, Daniel Zagury

Tarifs

Individuel 125€

Etudiant 60€

Formation permanente 175€

Inscription

Association lacanienne internationale

25 rue de Lille, 75007 Paris

Tel: 33 (0)1 42 60 14 43

secretariat@freud-lacan.com