une Journée de l’EPEP

Dimanche 19 Septembre 2010


Journée de l’Ecole Psychanalytique de l’Enfant de Paris (Bruxelles, 19 septembre 2010)

Le 19 septembre dernier, dimanche grisâtre et sans voiture dans la capitale de l’Europe, l’AfB recevait ses collègues de  l’EPEP pour partager certaines réflexions actuelles sur la clinique de l’enfant et de l’adolescent. Trois orateurs animèrent la matinée de leur exposé, se risquant à témoigner de leur pratique et à engager un questionnement théorique à partir de celle-ci.
Partant de la cure d’une enfant de neuf ans, Manoëlle Descamps  s’est intéressée au destin actuel de la sexualité infantile. Constatant l’intérêt étonnamment apparent à cet âge pour le sexuel, en cette période que l’on aurait pu supposer « de latence » et plus propice à des déplacements libidinaux sublimés, elle s’est attachée à circonscrire les particularités cliniques s’y associant. Parmi celles-ci, notamment : des éléments transférentiels évoquant une structure hystérique, une névrose infantile s’articulant autour d’une séparation parentale violente, un abandon répétant l’histoire maternelle, une séduction et une déception précoces par le père. La question de départ – Qu’est la sexualité infantile devenue ? – a ouvert aussi le champ plus vaste des destins contemporains de la sexualité, marqués par les exigences nouvelles de la société. Les propos de cette enfant sur la sexualité, d’apparence adolescente, accompagnaient ainsi une inconsistance symbolique de la part des parents, entrant en résonance avec les mutations sociales contemporaines.
Un agir particulier fut ensuite abordé par Serge Goffinet : les scarifications, de plus en plus fréquemment rapportées par les adolescents, tant à l’hôpital psychiatrique qu’en pratique privée. Soulignant l’évolution des termes désignant ces comportements, il en déploya les différents aspects par leur abord étymologique, révélant particulièrement leur caractère d’inscription. Après avoir isolé trois fonctions – reproduction d’une blessure identitaire, extériorisation, inscription d’une séduction agie par l’adulte et traumatique – soutenues par les scarifications, il en offrit une double lecture, condensant dans le même agir passage à l’acte et acting out. Il proposait cette approche singulière, a priori antinomique, en raison d’un temps particulier, le « post-immédiat », qui indique ce moment directement postérieur à l’acte de coupure réelle et qui lui reste intimement associé, où le sujet expose ses blessures en manière d’appel à l’Autre. Les aspects pulsionnels et le type de jouissance impliqués furent encore abordés, à travers les notions de pulsion scopique, de masochisme secondaire et de masochisme moral.
Enfin, Michel Heinis a interrogé une pratique – à première vue – non psychanalytique, en tant que responsable d’un service de prestations éducatives ou philanthropiques, proposant à des mineurs des actions socialement réparatrices suite à des infractions. Face à des adolescents pour qui l’enjeu est agi plutôt que dit, la rencontre avec l’adulte ne peut s’y appuyer d’emblée sur la fiabilité de la parole. Ces jeunes sont partagés entre une impasse – ne rien dire face au réel – et l’agressivité – quand dire n’est pas tout –, hésitant à se risquer à une parole. À  une période de l’existence où l’affrontement à l’Autre n’est plus soutenu par les figures parentales, ils se confrontent difficilement au regard de l’Autre, encore véhiculé par le père. Il est alors nécessaire d’inventer, comme le proposait le titre prometteur de cette communication : inventer une autre temporalité, celle de l’événement rompant la répétition, par un acte de parole, une parole pleine rendant aux mots leur pouvoir métaphorique et rétablissant une fonction symbolique.

Alexandre Beine