Éditorial 2014

Cet éditorial vient baliser un moment de passage, Anne Joos transmet le flambeau d'une présidence dont l'Association a largement bénéficié, je souhaite donc, au nom de tous,  chaleureusement la remercier. Un moment de passage nous rappelle que rien n'est immobile ni acquis, à commencer par la nécessité dans laquelle nous sommes de constamment composer avec un réel qui tourbillonne, échappe aux tentatives de nos symptômes de le mettre au pas. Lacan situait les dieux à cette place du réel, là où le sens défaille. Frédérique Ildefonse, nous entretenait il y a peu, par son expérience du polythéisme brésilien et de la psychanalyse, d'une possible sortie de la tyrannie du sens. La tyrannie du "faire sens" ou de "donner du sens", une certaine pratique de la psychanalyse y invite encore. Non pas que le sens serait vain et qu'il n'y aurait qu'à se résigner à l'absurde, mais que ce réel qui nous serre parfois à la gorge, met en déroute une exigence trop individualiste de faire seul du sens.
Ce réel hors sens est aussi notre démon intérieur, notre daimôn, mais aussi notre "inquiétante étrangeté". L'on s'enrichit et se libère en se mettant à tenter de lire ce qui en nous, en l'Autre, borde cette extimité. Se mettre à son écoute ouvre à une pluralité qui remet du mouvement là où se figeait l'aspiration nostalgique d'une identité une et immobile. Nous sommes des êtres composites nécessairement identifiés à d'autres et au lieu de l'Autre, en prendre la mesure passe par la nécessité d'une parole vraie et adressée, passe par l'épreuve de l'"ensilencement" de l'Autre comme le disait joliment Marie-Jeanne Segers à notre journée conclusive. C'est donc à cet heteros en recel, ce daimôn que je voudrais faire référence en invitant à l'enthousiasme, enthousiasme pour la psychanalyse dont témoignent les activités de notre Association, toutes bénévoles et mues par le seul désir de ceux qui les mènent. Le mot enthousiasme, peut sembler naïf voire idéaliste ou apparaître comme un "péché capital" au regard d'une psychanalyse imbue de rigueur orthodoxe, le terme me semble pourtant porteur d'un sens enfoui qui doit "raisonner" à nos oreilles : l'enthousiasme était pour les Grecs ce transport inspiré par la divinité.
Faire barrage au réel d'une époque qui pourrait prendre "le mors aux dents", comme le redoute Lacan dans "La Troisième", texte d'une conférence qui était il y peu au travail dans des journées d'hiver de l'ALI, peut passer par l'ouverture à la surprise de l'inconscient, de ses traces qui nous lient indélébilement au langage et à la communauté des hommes. Pas d'autre issue que d' "y mettre du sien".
Comment faisons nous, nous-mêmes, communauté? En sus des séminaires et journées nous tenterons d'y répondre d'une manière renouvelée puisque l'Atelier de notre Association sera thématique tout au long de cette année, espérant que cette formule permette à chacun d'ajouter son nœud sur la trame proposée à partir de sa clinique et cette clinique est riche de la diversité de nos membres, de leurs engagements. C'est bien une certaine conception de la clinique qui nous lie (nous noue) et nous pousse à partager ce qu'il nous faut sans cesse tenter de lire derrière ce qui s'entend.
Une association n'existe pas sans tracer un bord, si la porte qui en marque l'entrée ressemble à ces Torii japonais qui invitent  à la présence singulière d'un lieu plutôt qu'à une porte dont la fonction serait de fermer un accès, il reste qu'elle plante dans le paysage toute l'importance de la force muette du symbole, de la démarche de celui qui s'y déplace sans cesse. C'est pourquoi nous réserverons deux ateliers internes à l'Association durant l'année. Je vous souhaite un été ressourçant et vous donne rendez-vous au samedi 13/9 qui inaugurera la rentrée.

Didier De Brouwer

Mercredi 02 Juillet 2014