Éditorial 2016

Eppure, si muove...

On ne regrettera pas 2015... année qui s’est terminée dans cette étrange et inquiétante atmosphère de l’état d’urgence après les effroyables massacres commis au nom de l’appel au retour d’un dieu obscur et vengeur. C’est donc avec un certain soulagement que l’on dira bienvenue à 2016, une bienvenue accompagnée de mes vœux les plus laïcs à toutes et à tous pour que s’accomplisse cette promesse de renouvellement du temps qu’inscrit très symboliquement tout début d’année. Baliser le temps et l’espace, c’est une fonction éminemment symbolique dont le caractère religieux s’est manifesté dans toutes les cultures, c’est par elle que l’écoulement rythmé du réel et de l’activité des hommes ont cherché à s’ajuster.  Ainsi 2016, année bissextile, nous rappelle l’imperfection de nos théories, le réel les déborde et nous situe toujours en retard, en devoir de chercher à s’y conformer en inventant quelque artifice « intercalaire » s’il le faut...

Mais 2016, sans vouloir tomber dans la gnose, nous pose comme association d’analystes d’autres questions : celle de la transmission, tant comme ensemble organique que nous constituons (cf. la lettre de Charles Melman adressée à notre réflexion et en préparation d’un débat qui s’ouvrira lors de l’Assemblée générale à Paris ce 23 janvier lors des journées d’hiver) que comme ensemble vectorisé par un travail de lecture en commun des séminaires de Lacan. Nous arrivons en effet à la lecture des tout derniers séminaires de Lacan pour nos rituelles et traditionnelles journées d’été. Ces séminaires, on le sait sont loin de faire l’unanimité parmi nous. Un nouveau grand cycle annuel de lecture des séminaires, séminaire après séminaire et dans l’ordre que le frayage de Lacan a ouvert peut-il encore s’ouvrir après? A quelles réflexions sur la répétition, sur le réel et sa lecture désormais borroméenne va-t-il nous mener ? Comment allons nous garder ce précieux tranchant que nous donne la psychanalyse pour trouver les justes articulations d’un réel qui « cesse ... de ne pas s’écrire »? La psychanalyse n’est-elle pas à réinventer à chaque cure disait Freud ... dont acte, ce qui implique aussi retour à sa lecture qui reste trop souvent contextuelle de celle de Lacan.

Ouvrir l’année est comme un geste rituel, le mot est lancé, premier sillon tracé dans une terre encore à labourer et que nous espérons nourricière. Je voudrais rappeler à votre attention quelques points d’orgues qui ponctueront notre travail d’ici l’été prochain : tout d’abord se tiendra dans nos locaux le 19 Mars une journée d’étude sur  « les rites » dans le cadre de l’EPHEP et à l’instigation des collègues amenant leur question de psychanalystes confrontés à de tout autre champs culturels que le notre. Ensuite se tiendront des journées internationales de l’ALI organisées par nos soins à Bruxelles les 21 et 22 Mai avec pour thème : « Que porte une mère ? ».  Ces journées se caractérisent par une marque bien AfB, c’est-à-dire le souci d’une clinique analytique en question sur son temps et en dialogue avec d’autres champs du savoir. Un vœu en allemand, cela se dit « wunsch » et se rapproche plus que le français ne le signifie de « désir », je vous le souhaite donc tout analytiquement ferme et vivant tout au long de l’année.

Didier de Brouwer
Président de l’AfB

Vendredi 01 Janvier 2016