Éditorial 2017

"Dans le nord de la Birmanie le village de Sin Kin  connaît à la saison estivale des difficultés d'approvisionnement faute d'un pont qui le relie au continent ! Le transport qui se fait alors par barque en cette saison est long et coûteux.
Quand le fleuve Irrawaddy est au plus bas en hiver, les habitants du village se réunissent pour construire un pont en bambous tressés, sans clou ni métal, et qui sera balayé par la nouvelle saison des pluies.
Cette histoire dure depuis plus de 40 ans. Chaque famille participe à ce projet  en fournissant son lot de bambous. Le pont est construit en deux jours par les hommes du village pendant que les femmes et les enfants préparent les tapis de bambous qui seront déposées sur le tablier du pont. Même les anciens participent à ce travail collectif en fabriquant les liens en bambou qui feront tenir les différents éléments du pont.
À l'issue, une grande fête est organisée et le pont est inauguré par le bonze le plus ancien de la communauté.
Le passage par le pont de bambou est gratuit, il est le fruit d'une solidarité sans faille qui crée un lien social que personne ne semble  prêt à laisser tomber. Il est dit que les habitants de Sin Kin préfèrent cette solution à un pont payant construit par les autorités." *

Didier de Brouwer après une présidence de trois ans marquée par son érudition et sa poésie nous a passé le flambeau et nous le remercions infiniment, au nom de tous, pour le travail accompli.

Nouvelle présidence, nouveau style, je souhaite que mon passage se traduise dans l'association par un renouveau des liens entre les membres afin qu'une nouvelle génération prenne sa place dans la transmission de la psychanalyse et que les plus jeunes puissent aussi s'y investir et y trouver un espace pour leurs questions.
C'est le lien social qui me paraît le plus mis en péril ces dernières décennies avec ce que d'aucuns appellent la globalisation même si comme dans cette jolie métaphore "Sin Kinaise" on rencontre de plus en plus souvent des îlots de résistance. Il me semble néanmoins que ce qui fait le fondement d'une société humaine doit rester une question centrale pour les analystes et c'est - en toute modestie - qu'ils doivent veiller à être parmi ceux qui en seraient les garants. Le travail d'une association d'analystes et sa transmission sont donc le ciment de cette fonction sentinelle.
Faisons le pari d'un avenir plus radieux et continuons dès lors à travailler tranquillement au delà du "désenchantement du monde".
Tels sont les vœux que je formule pour ces trois années à venir.
D'ores et déjà je remercie tous ceux et toutes celles qui ont accepté de me soutenir dans cette tâche difficile.


Anne Oldenhove-Calberg
Bruxelles, le 10 juillet 2017




*Birmanie "l'étonnant pont en bambou" Arte 2017




Lundi 10 Juillet 2017