Editorial de la rentrée 2016

Ce grand battement du flux et reflux des vacances se termine, c’est la rentrée comme nous sommes habitués à l’entendre depuis que nous sommes en âge de franchir les portes de l’école. Retrouvailles avec notre labeur laissé en jachère pour un court moment sous le soleil d’été, retrouvaille aussi avec notre quotidien et son réel insistant, exigeant de nous mettre sans cesse en mouvement. Le séminaire  d’été de l’ALI qui vient de se conclure a montré à souhait toute l’importance que Lacan donnait à la très ancienne métaphore du tissage, métaphore d’un texte, entrelacements de lettres qui ne se déchiffrent que dans l’acte accompli de la réécriture d’une existence toujours singulière.  Le noyau de notre être – Kern unseres Wesen- pour le dire dans la langue de Freud ne se laisse pas approcher facilement, il faut avoir l’art du boucher de la fable de Tchouang tseu citée par Lacan dans le Séminaire 1, suscitant l’admiration de son maître de roi car il découpe les chairs sans effort et n’use quasi pas sa lame parce qu’il connaît jointures et articulations, passe « entre ». Nos concepts, comme la lame affilée du boucher Ding, si fragiles puissent-ils paraître, nous aident à nous y retrouver un peu mieux dans la matière de ces existences qui viennent se dire et chercher à se recaler sur le désir qui les vectorise.
Mettre à plat cette curieuse étendue de l’appareil psychique dont Freud postulait l’existence défie sans cesse notre imagination inhibée par une telle complexité. La topologie et les étendues en caoutchouc dont elle représente patiemment la logique étaient aussi à l’honneur au séminaire d’été, à nous d’en conclure comment poursuivre ce travail de tissage entre des héritages multiples : Lacan des premiers séminaires, textes de  Freud, Lacan du Moment de conclure et retour, dans un va-et-vient qui ne cesse de nous nourrir... A nous de remettre ce précieux outil qu’est l’analyse sur le métier. Sur celui-ci viennent sans cesse s’entrecroiser les fils tramant le récit des parlêtres qui requièrent notre écoute.
Comment arriver à défaire par la parole ce qui s’est fait par la parole ? C’est bien la question dont nous supposons que la psychanalyse puisse arriver à donner quelques réponses. La répétition docile de la théorie analytique dans la vénération d’un savoir supposé ne laisse aucune place à ce qui en a fait le moteur, l’insu de l’objet d’un désir toujours singulier. Lacan a montré combien il fallait y mettre du sien pour en renouveler l’abord et ne pas se laisser momifier dans une technique qui vire à la recette lorsque le temps dans la répétition lui fait perdre tout tranchant. Les temps ont bien changés et le réel a tendance à prendre le mort-aux-dents dans ses avatars contemporains qui s’étendent sous nos yeux : sectarisme, communautarisme, dérégulations. Ce n’est pas une mise en formatage et en protocoles  qui en canalisera les débordements.
Nos patients n’entrent plus dans nos cabinets avec les mêmes suppositions qui déterminent la place que nous pouvons prendre, ni les mêmes expressions symptômatiques. Quels concepts forgeons-nous, comment construire un dire qui maintienne toute la pertinence du discours analytique, voilà l’objet de travail d’une Association.
Espérons donc que nous pourrons bénéficier de nos échanges autour du thème « Le métier de psychanalyste » dont la lecture fera la trame de notre Atelier cette année.

Didier de Brouwer
Président

Jeudi 01 Septembre 2016